Les bandes enherbées pourraient faire partie des conditions exigées pour percevoir les aides. - © P. Cronenberger
La viticulture européenne est à la croisée des chemins. D’ici quelques mois, des décisions qui conditionneront son avenir pour les dix prochaines années seront prises. La première concerne les modalités de l’intégration de la viticulture au sein de la politique agricole commune, dont le projet de réforme a été présenté le 12 octobre dernier par la Commission européenne. La seconde porte sur la poursuite ou l’abandon du régime des droits de plantation, dont la libéralisation a été actée par le Conseil européen mais à laquelle un nombre croissant d’Etatsmembres et l’essentiel des pays producteurs, se disent aujourd’hui opposés. Les vignerons français peuvent encore peser sur ces choix, et ils le savent. Les organisations professionnelles, françaises en tous cas, ne font plus guère de mystère qu’elles entendent obtenir des engagements clairs de la part des candidats à la prochaine élection présidentielle en faveur des droits de plantation. Quant à la réforme de la PAC, le monde viticole semble aujourd’hui partagé entre la crainte de perdre sa spécificité au sein d’une organisation unique des marchés agricoles et l’intérêt pour le pactole considérable que constituent les aides du premier et du deuxième pilier de la PAC. C’est sans doute faire peu de cas du fait que les deux projets sont très imbriqués l’un dans l’autre et destinés à ne faire plus qu’un. Dans l’esprit de la Commission européenne, la réforme de l’OCM viticole, dont elle ne manquera pas de souligner bientôt les avancées et la nécessité de la poursuivre au sein d’une PAC unique, justifie la nécessité de libéraliser les droits de plantation. Le scénario est connu. Le secteur du lait, ou celui de la betterave, ont du abandonner leur régime de quotas sur l’autel d’une amélioration apparente de la conjoncture.
Les experts que nous avons interrogés soulignent que le sort de l’OCM vin au sein de la réforme de la PAC et celui des droits de plantation sont susceptibles de redessiner en profondeur l’aspect du vignoble européen à l’horizon 2020 ou 2025. Et leur pronostic est sans appel. Le risque s’accroît de voir émerger une viticulture à deux vitesses : une activité industrielle aux mains d’entreprises disposant d’une grande liberté d’investir et utilisant la notoriété des vignobles d’appellation, et des exploitations familiales à l’équilibre menacé par la course à la baisse des coûts de production. Pour modifier la tendance, les vignerons français auraient tout intérêt à se doter des moyens de lobbying qui, aujourd’hui, leur font défaut à Bruxelles.
BRUNO CARLHIAN
Oui, cette réforme nous touche directement puisqu’il s’agit d’une réforme de l’ensemble de la politique agricole européenne, dont le règlement sur l’OCM unique qui couvre le secteur vitivinicole depuis fin 2009. De plus, certaines propositions de la Commission européenne affectent et/ou affecteront directement ou indirectement notre secteur, par exemple les mesures relatives au développement rural.
Pour le moment, seulement quelques producteurs isolés ont demandé un paiement unique découplé sur la base des hectares. Le secteur vitivinicole est trop différent des autres secteurs agricoles pour être traité dans le cadre du régime des paiements directs. Si un producteur de céréales peut se satisfaire des paiements directs, le viticulteur lui ne peut gérer avec la même élasticité sa production. Il a besoin d’engagements sur le long terme.
Pour le vin, la mise en place d’un tel régime encouragerait l’abandon des cultures dans les zones difficiles. Ceci aurait également des conséquences néfastes du point de vue socio-économique car cela diminuerait le budget disponible pour d’autres aides précieuses telles que les investissements, la promotion, la restructuration du vignoble… Nous devons absolument maintenir le système des enveloppes nationales car elles permettent de gérer le secteur par les Etats membres de manière flexible et intelligente en tenant compte des spécificités locales.
La libéralisation des droits de plantation aurait des conséquences dramatiques pour le secteur, comme par exemple la surproduction et la baisse des prix, la délocalisation des vignobles, la perte d’emplois, l’industrialisation du secteur et du produit et donc sa perte de qualité. Devoir renoncer à un système qui a fait ses preuves au nom d’une soit disant “ compétitivité accrue ” est une illusion terrible.
PROPOS RECUEILLIS PAR CLAUDINE GALBRUN
(1) Fédération européenne des vins à origine
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Copyright 2012 -
REUSSIR VIGNE.
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de
droits d'usage,
en accepter et en respecter les dispositions.
Dans la catégorie: Politique
L'actualité du mois

Xavier Beulin : «l’agriculture n’est pas un problème en France, c’est une solution !»
Goûtez l’Allier, c’est reparti pour deux ans !
VPF : 3 lettres pour des emplois !
Éleveurs du pays vert : la “machine est repartie”
Bruno Le Maire solidaire des éleveurs
"Avec la grande distribution, il faut pouvoir aller jusqu’à la rupture"
La production porcine est accusée de tous les maux
Agriculture et société : JA nourrit la réflexion

« La production de volume B sera bien un acte volontaire »
L’emploi en agriculture, vedette de la 49ème édition
Adopter une stratégie de fertilisation adaptée à l’année
Retour en images sur la visite terrain de Jean-Marc Falcone, nouveau préfet du Tarn