Origine et segmentation, un pari difficile
« Un vin juste doit avoir la gueule de l’endroit où il est né et les tripes du bonhomme qui l’a fait naître » dit Jacques Puisais. Reste à le prouver sur le papier comme le demande Bruxelles - © P. Cronenberger
« Un vin juste doit avoir la gueule de l'endroit où il est né et les tripes du bonhomme qui l'a fait naître » : telle est la définition d'un vin de terroir que propose Jacques Puisais, œnologue réputé. Une définition drôle et enlevée mais qui ne suffira sans doute pas à convaincre totalement la Commission européenne sur le lien qu'un vin peut entretenir avec son origine. Car après avoir bâti, lors de la dernière réforme de l'OCM (Organisation commune de marché) une nouvelle segmentation de l'offre qui distingue les vins à indication géographique dont les AOP (ex-AOC) et les IGP (ex-vins de pays), des vins sans indication géographique, cette même Commission demande aux premiers, dans le cadre de la réforme des signes de qualité, de prouver pour les AOC demandant leur reconnaissance en AOP leur lien au terroir et pour les ex-vins de pays désireux d'obtenir l' IGP, leur lien au territoire. La contrepartie en étant une protection de ces indications géographiques au plan international. SÈVE, une association de vignerons qui milite depuis ses origines pour « obtenir une refondation des AOC sur cette éthique : qualité, originalité, respect de l'environnement, agriculture durable et solidaire, respect du consommateur » s'inspirant des thèses élaborées par feu l'ancien président du comité vins de l'Inao, René Renou, a sauté sur l'occasion pour demander une révision de la segmentation de l'offre française, la fin du tout AOC (AOC qui représentent aujourd'hui plus de 50 % de cette offre) ce qui pourrait donner les moyens d'une sortie de crise qualitative. « Les consommateurs ont besoin d'indications fiables sur ce lien réel au terroir. L'enjeu de l'écriture du lien au terroir est une réflexion sur la nature de ce lien et la redéfinition des conditions de son expression dans les vins. Une partie des vins actuellement en AOC doit passer en IGP, et les vins d'AOC passant en AOP doivent l'obtenir par cette exigence accrue dans leur rapport au terroir », indique Patrick Baudoin, secrétaire général de Sève. Ainsi, pourquoi ne pas imaginer que l'AOC bordeaux, Languedoc, Bourgogne pourrait rejoindre la catégorie des IGP...
SEVE n'est pas seule à penser qu'il faudrait profiter de cette opportunité d'une relecture du lien à l'origine pour revisiter la segmentation de l'offre.
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