Jouer la carte du Made in France
Le conseil interprofessionnel des vins du Roussillon a interpellé des membres du gouvernement en leur envoyant cet appel, ainsi qu'une bouteille de vin. - © D R
Chacun des candidats à l’élection présidentielle y sera allé de sa formule pour s’arracher l’étiquette du Made in France. Mais pas un mot sur le vin. L’autocensure auraitelle une fois de plus joué ? Pourtant le vin fait figure à bien des égards de premier de la classe: des résultats à l’export très positifs, un rôle essentiel dans la renommée de la France à l’étranger et une consommation patriotique plus que généralisée (9 bouteilles de vin sur 10 consommées en France sont d’origine française).
Le Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon (CIVR) et le Bureau national interprofessionnel de l’Armagnac (BNIA) n’ont pas manqué de relever l’oubli des candidats et se sont fendus, fin décembre, chacun d’un communiqué pour rappeler le poids économique du secteur viticole. “ Celui-ci représente quelque 350000 emplois, il demeure le second secteur d’exportation français avec 6,2 milliards d’euros exportés ”, indique Gérard Sanson, directeur du CIVR. Les deux communiqués n’ont pas fait grand bruit et la classe politique est restée sourde à leurs appels. “ Mais nous ne devons pas en rester là. Les autres interprofessions nous ont félicité pour notre initiative. Il faut poursuivre l’action ”, s’accordent Gérard Sanson et Pierre Tabarin, président du BNIA.
Le savoir-faire français
Les candidats à l’élection présidentielle seront attendus de pied ferme sur la question du Made in France lors du salon de l’agriculture qui ouvre ses portes ce moisci. Pour la deuxième année consécutive, le vin de France y aura son pavillon. “Nous avons des messages à transmettre à nos politiques. Notre filière fait des efforts en termes de suivi aval de la qualité, de développement durable. Nous travaillons beaucoup sur les résidus dans les vins. Nous défendons une consommation responsable ”, liste Gérard Sanson. Et le modèle français de production de vin, malgré une crise structurelle, tient le cap. Ce qui n’est pas le cas d’autres modèles viticoles à travers le monde à commencer par l’australien — autrefois encensé — qui s’effondre aujourd’hui comme un soufflé. Le modèle français est aussi copié, en témoignent les diverses tentatives de création d’appellations d’origines dans les différents vignobles du Nouveau Monde. Et le savoir-faire français ne se limite pas uniquement à la production de vin. Les fournisseurs de la filière sont eux aussi reconnus dans le monde entier, comme le montre notamment la performance de certains tonneliers français sur les marchés exports. La marque Entav-Inra apposée sur le matériel végétal français a depuis longtemps fait ses preuves de qualité et est reconnue dans les vignobles mondiaux. “ Ce n’est pas tout. La valeur ajoutée de notre produit est localisée en France. Il n’y a rien de sous-traité à l’étranger ”, ajoute Pierre Tabarin. La réglementation française ne permet aucune délocalisation. Pas question qu’une goutte de vin étranger vienne se marier aux vins français, sans quoi les bouteilles perdraient la mention “ France ”. Pas question non plus que du moût étranger transite dans les chais hexagonaux. Pourtant, certains pays pratiquent ces importations de moûts sans sourciller. C’est le cas du Chili qui n’hésite pas à étiqueter ensuite ces vins avec sa propre origine.
Marion Ivaldi
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